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Portraits

Biographie Emir Kusturica

Emir Kusturica est né à Sarajevo, capitale de l'actuelle Bosnie-Herzégovine. Bien que bosniaque musulmane, sa famille a des origines slaves orthodoxes. Son père Murat, comme des millions d'autres yougoslaves, avait renoncé à sa foi pour devenir communiste. Emir, fils unique, dénonça à son tour le communisme pour devenir... cinéaste.



Biographie Emir Kusturica
Le jeune Emir, peut être par opposition à sa "bonne" famille (son père travaillait au Ministère de l'Information de Bosnie-Herzégovine), se liait facilement d'amitié avec des "voyous" de Sarajevo. Ses parents décidèrent à 18 ans de l'envoyer à l'étranger pour apprendre le cinéma : à la prestigieuse FAMU, l'école de Prague d'où sont notamment sortis Milos Forman ou Goran Paskaljevic.

Très vite appréciés, ses premiers courts métrages sortent rapidement ce jeune étudiant du lot : Guernica, mais surtout Buffet Titanic qui dénonce le racisme juif sous la deuxième guerre mondiale, avaient déjà faits une impression favorable et son professeur à l'époque lui avait dit : "La seule chose que tu laisseras derrière toi sera tes films ; la fin justifie les moyens". Cette phrase l'a marqué et l'a aidé a mener à bien ses premiers projets personnels, notamment le très risqué Papa est en Voyage d'affaires, dénonçant les déportations politiques de la Yougoslavie communiste, sujet hautement tabou encore à l'époque, peu après la mort de Tito. Jusque là, Emir avait toujours tourné dans sa propre langue, en faisant même parler les acteurs avec leurs accents régionaux, comme pour mieux marquer le pluralisme de la Yougoslavie : Te souviens-tu de Dolly Bell est le premier film yougoslave qui n'est pas tourné en serbo-croate.

Délaissant quelque temps la caméra après la Palme d'Or inattendue à Cannes en 1985 pour Papa est en Voyage d'affaires, Emir Kusturica joue de la guitare basse dans un groupe de punk-rock de Sarajevo : le Zabranjeno Pusenje (No Smoking Orchestra). Le groupe est subversif, les paroles corrosives, le style éclectique.

Emir se tourne en 2002 vers l'étranger et tourne ensuite en romanès pour Le Temps des Gitans puis en anglais pour Arizona Dream. En effet, appelé à New York par la Columbia (producteur du Temps des Gitans), Emir donne des cours de cinéma à la Columbia University. Un de ses élèves lui soumet un script qui deviendra Arizona Dream. Mais pendant ce temps, la guerre éclate dans les Balkans, et loin de sa famille, Emir est de moins en moins capable de travailler. Le tournage s'en ressent et le film prend des allures sombres...

Suite à cette expérience, Emir sent le besoin de revenir au pays et de raconter aux occidentaux quelle était l'histoire de son pays, et se lance dans son oeuvre la plus ambitieuse : Underground. Sur un scénario de Dusan Kovacevic, grand dramaturge yougoslave, il tisse l'histoire des 50 ans de son pays, depuis la seconde guerre mondiale jusqu'à l'actualité la plus récente. Sous une forme burlesque empruntant aux grands maîtres du cinéma, le fond peut paraître ambigu. Avec la sensation d'avoir fait son "devoir", mais surtout le sentiment de n'avoir pas été compris, Emir pense se retirer du cinéma... Sa deuxième Palme d'or à Cannes en 1995 prend alors une autre signification et le hisse parmi les plus grand réalisateurs contemporains.

Rapidement, Emir Kusturica revient sur sa décision et décide de verser plutôt dans des sujets plus légers, de faire des "happy ends" avec ses derniers films : Chat Noir Chat Blanc, Super 8 Stories. L'optimisme est visible sur scène également puisque depuis Chat Noir Chat Blanc, Emir retrouve Nelle Karajilic et ses amis du No Smoking Orchestra ; il compose, joue et part en tournée mondiale. Le succès de cette tournée est aussi impressionnant dans tous les pays visités, d'Amérique du Sud au Japon.

Emir retourne alors derrière la caméra pour se reconcentrer sur un nouveau tournage fleuve : les prises de vus pour La vie est un miracle dureront un an et demi, et Emir tombera amoureux des paysages de Mokra Gora : la nature y a quasiment le rôle principal tant les scènes sont grandioses, et les couleurs spectaculaires. Une fois le film terminé, Emir y fera construire un village : Küstendorf, dans le but d'y ouvrir une école de cinéma, de promouvoir l'agriculture biologique locale, d'y recevoir sa famille, ses amis... Mais toujours taraudé par la musique, Emir enchaîne la promotion du film avec une nouvelle tournée mondiale de son groupe de musique et fera l'ouverture du Printemps de Bourges 2005.

De retour à Cannes en mai 2005, Emir Kusturica est choisi pour être le président du jury du festival. Un honneur qui vient couronner une oeuvre déjà immense. (http://www.kustu.com/)

Samedi 07 Mai 2005

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