Il était l'an dernier membre du Jury de la sélection officielle du Festival de Cannes. Le voici cette année en compétition dans cette même sélection avec « La petite Lili », adaptation de la pièce de Tchekhov, « La mouette », une chronique des croisements amoureux dans le monde du cinéma.
Fin observateur de la comédie humaine, Claude Miller baigne dans le milieu cinématographique depuis plus de 40 ans. Sorti de l'IDHEC en 1962, l'ancêtre de la FEMIS, LA grande école de cinéma en France, il effectue son service militaire au Service cinématographique des armées. La quille venue, il apprend le métier de ses rêves sur le tas, en tâtant de tous les boulots. Il sera entre autre l'assistant de quelques grands noms du cinéma… Marcel Carné, Jean-Luc Godard, Michel Deville, ou Jacques Demy. Pour François Truffaut, qu'il côtoya très longtemps, il s'occupera même de production.
Son passage à la réalisation se fait par le court métrage, parallèlement à ses activités de producteurs. 3 films aux caractères bien trempés… Une histoire de vampires, un sujet sur la torture et une peinture burlesque ridiculisant l'armée. Ses deux derniers ayant été un temps censurés pour irrespect. Avec son premier long métrage, « La meilleure façon de marcher », en 1975, Claude Miller frappe juste, avec un film dérangeant sur l'intolérance, où la violence s'exprime dans le rejet de la différence. Miller obtient un bel accueil critique et plusieurs nominations aux césars, dont une pour Patrick Dewaere, magistral.
2 ans plus tard Miller récidive avec cette fois une violence plus crue, celle d'un amant qui sombre dans le crime par amour et désespoir… C'est « Dites-lui que je l'aime », réunissant Miou-Miou et Gérard Depardieu. Mais le premier très grand succès public, Miller l'obtient avec un huit clos éprouvant. La confrontation de deux monstres du cinéma, Lino Ventura et Michel Serrault, jouant au chat et la souris au fin fond d'un commissariat… La culpabilité, le doute, la rumeur, les a-priori, l'affrontement de deux milieux, de deux caractères, font de ce « Garde à vue », un film intense, où apparaît même une touchante Romy Schneider dans l'un de ses derniers rôles. 4 césars viennent saluer le film dont celui de meilleur scénario.
En 1982, c'est avec une nouvelle traque policière que Miller revient. Celle d'un détective surnommé « L'œil », qui croit reconnaître sa fille dans une jeune meurtrière qu'il poursuit. Une chasse tragique où l'aveuglement d'un père va générer la mort. Une fascination entre deux beaux acteurs : Michel Serrault et Isabelle Adjani.
Fascination encore dans « L'effrontée »… Charlotte Gainsbourg ébloui par une jeune pianiste surdouée de son age, plonge dans le désespoir de sa quête d'identité. « L'effrontée » marque la révélation d'une belle actrice en devenir, Charlotte Gainsbourg, honorée du César de meilleur espoir.
Miller poursuit alors son chemin avec un autre récit d'éblouissement avec « La petite voleuse », sur un scénario de François Truffaut… On y retrouve Charlotte Gainsbourg, attirée par le très beau, par le rêve, et qui oublie toute notion de la réalité. En 1992, c'est le même schéma émotionnel que va prendre Romane Bohringer dans «L'accompagnatrice», égarée dans un monde d'artifice et de trahisons. Avec « La classe de neige », en 1998, Claude Miller explore à nouveau le monde de l'enfance, ses rêves, ses tourments, et sa recherche d'identité. Puis dans « Betty Fisher et autres histoires », c'est un puzzle psychologique qu'il nous soumet, un supense plein d'émotion où l'instinct maternel tourne à la folie. Un trio d'actrice inquiétantes… Nicole Garcia, Sandrine Kiberlain, et Mathilde Seigner.
Avec « La petite Lili » aujourd'hui, Claude Miller poursuit son exploration des méandres de nos personnalités. A 60 ans, il continue de nous montrer nos petits bonheurs, nos espoirs, nos rêves et nos compromissions… Il démonte sans démontrer, mais nous donne à comprendre un peu plus sur nous même.