Véritable légende vivante, Clint Eastwood affiche une filmographie impressionnante, traversant les époques et les genres. Acteur mythique, réalisateur de premier plan, Clint Eastwood entre dans le cinéma grâce à l'armée. Après avoir fait des tas de boulots, comme mécaniciens ou bûcheron, le jeune homme, originaire de San Francisco, fait une rencontre décisive pendant son service militaire.
Les Studios Universal ont choisi sa caserne comme décor d'un film. Eastwood en profite pour prendre des contacts et s'embarque pour l'aventure hollywoodienne sitôt la quille venue. Il commence par des petites apparitions dans des séries Z, avant d'être choisi pour incarner un cow-boy dans une série télévisée.
250 épisodes où il apprend patiemment son métier. Une persévérance qui lui vaut d'être remarqué par un réalisateur italien, un certain Sergio Leone, qui met en chantier une trilogie…
Un western à grand spectacle, tourné en Espagne. Il est un cow-boy solitaire au cœur d'un affrontement entre deux clans rivaux, dans « Pour une poignée de dollars », en 1964. Le succès est tel, que le chasseur de prime revient par deux fois… « Et pour quelques dollars de plus », et « Le bon, la brute et le truand », contribueront à forger l'image d'Eastwood. Un loup solitaire, au teint buriné, au regard lumineux.
Le mythe est né, et la superstar avec. Mais à Hollywood, il va devoir encore faire ses preuves. Il se lance dans la production et rencontre Don Siegel, avec qui la collaboration fut des plus fructueuses. C'est lui qui réalise en 1971 « Dirty Harry », premier volet d'une saga qui va longtemps coller à la peau d'Eastwood. L'inspecteur, aux méthodes quelque peu expéditives, vaudra à l'acteur une réputation de macho, un peu fasciste.
La critique, et aussi le public, ne faisant pas la part des choses entre le personnage et le comédien. La même année, il passe à la réalisation… Son premier film, « Un frisson dans la nuit », est un thriller tendu, où un animateur radio vit une orageuse relation avec une auditrice fidèle. Ce premier essai dévoile un réalisateur de talent, mais le succès n'est pas au rendez-vous.
Il alterne ensuite films policiers et western… « L'homme des hautes plaines », qu'il réalise en 1972, tout comme « La sanction », en 1975. Avec « L'inspecteur ne renonce jamais », réalisé par James Fargo, en 1976, son personnage de Harry revient avec succès.
Après « L'évadé d'Alcatraz », autre réussite signée Don Siegel, Eastwood aborde la décennie 80 en multipliant les réalisations. Si « Bronco Billy » ou « Firefox » révèle sa maîtrise des films d'aventures, avec « Honkytonk man » en 1982, c'est son goût pour la musique qu'il laisse transparaître avec ce portrait d'un chanteur de blues, gravement malade, en quête d'un dernier succès. La virtuosité d'Eastwood y est éclatante… Il est alors reconnu comme un véritable auteur.
Il signe ensuite un nouvel épisode des aventures de l'inspecteur Harry, incarne d'autres policiers, avant de réaliser « Pale Rider », en 1985, un western qui aura l'honneur d'être présenté à Cannes. Le réalisateur prend alors le pas sur le comédien, même s'il continue d'être présent à l'écran.
Son sens de l'image impressionne à chaque œuvre. « Bird » en 1987, marque cette tendance. Un touchant portrait du saxophoniste de jazz Charlie Parker, injustement délaissé par les jurés de Cannes, qui décernent tout de même le Prix d'interprétation à Forest Whitaker. La sensibilité du roc Eastwood transparaît également dans « Chasseur blanc, cœur noir », un hommage au cinéaste John Huston sur le tournage d' « African Queen ».
L'image désastreuse d'Harry est ensuite définitivement gommée avec « La dernière cible », qui clôture la saga, mais surtout avec « Impitoyable », qu'il réalise en 1992, un western sur la violence et la rédemption, couronné de deux oscars, celui de meilleur réalisateur et de meilleur film. Eastwood nous offre ensuite le très beau « Un monde parfait », avec Kevin Costner, une histoire d'amitié entre un tueur en fuite et un jeune garçon…
Puis il signe une belle romance, « Sur la route de Madison », où il est un photographe solitaire, travaillant pour le National Geographic, qui tombe sous le charme d'une belle fermière, incarnée par Meryl Streep. La soixantaine sonnée, une passion amoureuse, rafraîchissante.
Antipathique à une époque, Eastwood prend le contre pied dans ses dernières réalisations en combattants les préjugés contre les homosexuels, dans « Minuit dans le jardin du bien et du mal », ou en lançant un plaidoyer contre la peine de mort dans « Jugé coupable ».
Drames, aventures, policiers, romances, il touche à tous les genres avec autant de réussite, pour peindre un portrait sans concession de la civilisation américaine.
Fin observateur des comportements de ses contemporains, il a su transposer à l'écran ses convictions avec talent… Avec « Mystic River », il signe une histoire d'amitié ternie par un drame, avec laquelle l'acteur et le réalisateur espèrent séduire le jury cannois…
Il nous touche, en tous cas, nous, spectateurs, par sa sensibilité, empreinte d'engagements et de nostalgie.