C'est dans la douceur angevine que Patrice Chéreau à vu le jour en 1944. Mais c'est à Paris qu'il passe toute son enfance. Ses parents sont artistes peintres tous les deux. C'est donc presque naturellement que Chéreau développe une sensibilité pour les arts en général.
C'est vers le théâtre qu'il va rapidement se tourner. Il s'initie d'abord à la mise en scène au sein de la troupe de son lycée. Dès 1966, il prend la direction du théâtre de Sartrouville, où, pendant trois ans, il s'orientera essentiellement vers le théâtre engagé…
Après un petit tour en Italie, il rejoint Roger Planchon à la direction du TNP de Villeurbanne, où pendant 6 ans, il va s'investir personnellement dans chaque mise en scène, recherchant l'essentiel… Infatigable travailleur, il veut toucher à toutes les formes de création. Il se lance donc dans le cinéma dès 1974 en écrivant l'histoire d'une femme que l'on veut faire passer pour folle afin de pouvoir la spolier de son héritage. C'est « La Chair de l'orchidée », avec Charlotte Rampling, en héritière pourchassée, aux cotés de Simone Signoret.
En 1976, le compositeur Pierre Boulez lui propose de mettre en scène la « Tétralogie » de Wagner, à Bayreuth. Chéreau en bâtira un spectacle de 16 heures, violent et intense.
2 ans plus tard, retour au cinéma.. Il offre à Simone Signoret le rôle d'une ancienne résistante tentant de remettre à flot un journal de province… C'est « Judith Therpauve », où figure également un autre acteur de légende, Philippe Léotard.
Il faudra attendre 1983 pour voir son troisième film. Après 6 ans d'écriture, il met à jour l'histoire de la passion d'un adolescent pour un homme plus mur que lui. C'est « L'homme blessé », avec Jean-Hugues Anglade.
Multipliant les aller-retours entre théâtre et cinéma, Chéreau prend dès 1982 la direction du Théâtre des Amandiers, à Nanterre, où pendant 8 ans il va donner à cette espace une vocation multiculturelle, avec une école de comédiens, par laquelle passeront notamment Agnès Jaoui, Valéria Bruni-Tedeschi, Marianne Denicourt ou encore Vincent Pérez.
Avec « Hôtel de France », en 1986, Chéreau prolonge le travail entrepris aux Amandiers. Il modernise une pièce de Tchekhov, en organisant une réunion de vieux copains qui tourne au chaos.
Avec Danièle Thompson, en 1994, il adapte le roman d'Alexandre Dumas, « La Reine Margot ». Isabelle Adjani, Daniel Auteuil, Jean-Hugues Anglade, Vincent Pérez montent les marches de Cannes, où le film remporte le Prix du Jury, et Virna Lisi, qui incarne Catherine de Médicis, décroche, elle, le Prix d'interprétation féminine. Chéreau retrouve Cannes en 1998 avec « Ceux qui m'aiment prendront le train », Un enterrement qui tourne à la tragi-comédie, où les rancœurs, et les jalousies resurgissent avec violence, dans ce film qui permet à Chéreau de remporter l'année suivante, le César du meilleur réalisateur.
Dans « Intimité » en 2001, il organise la rencontre de deux amants qui se retrouvent régulièrement sans autre attache que leur relation charnelle… Une passion destructrice qui séduit le jury du Festival de Berlin qui lui décerne l'Ours d'Or.
Chéreau le réalisateur n'efface pas pour autant le comédien… Il fréquente régulièrement les plateaux d'autres metteurs en scène… Pour Wajda, en 1982, il est Camille Desmoulins, dans « Danton », pour Youssef Chahine, en 1985, il campe Bonaparte pendant la campagne d'Egypte, dans « Adieu Bonaparte ». On le voit aussi chez Claude Berri en Jean Moulin, dans « Lucie Aubrac », ou chez Raoul Ruiz dans « Le temps retrouvé », où il est Marcel Proust.
En attendant la sortie en septembre de « Son frère », son 9ème film comme réalisateur, il est au générique du dernier Michael Hanecke, « Le temps des loups », présenté à Cannes hors compétition…
Patrice Chéreau, Président du Jury de ce 56ème Festival, est avant tout un grand observateur des âmes humaines, qui aime magnifier les personnages en quête d'absolu. Il aime les rencontres, le chaos, les émotions extrêmes… Une intensité qu'il vit comme une liberté de création et qui lui permet, confie-t-il, de sortir de ses retranchements et de vaincre ses démons intérieurs.
Un contrepoison, dit-il, au malheur qu'il avait en lui.